Quand ma gynécologue s'est soudainement prise pour un vétérinaire.

Je suis dans la salle d'attente. Debout. Je suis soulagée car il n'y a personne dans la pièce. Pas même moi, à vrai dire. Je ne suis pas complètement là parce que j'appréhende terriblement ce qui va suivre.
Je dois faire enlever mon DIU.
Ma peur me ramène malgré moi et sans que je ne puisse rien faire pour l'en empêcher, à la dernière fois où je me suis trouvée à cette même place. Cette sensation je la connais bien. Le souvenir qui surgit, incontrôlable. Les émotions remontent comme si je venais de les vivre. Le rouge de mon humiliation colore mes joues, mon cœur se met à battre si fort et la peur, vivante, qui  palpite dans mon ventre.
Je ne sais pas pourquoi je suis revenue la voir, elle. Elle est antipathique et froide. Elle n'avait pas compris ma demande de DIU.. Quand on fait votre poids, s'était-elle exclamée, on a peu de chance de tomber enceinte ! Puis, sincèrement, vous avez encore des rapports avec votre compagnon ? Ce mépris dans la voix..Mais je tenais à être entendue cette fois-ci, je n'ai rien lâché.
Bon, dans les larmes c'est vrai ..
Grossière erreur ! Je le sais pourtant ! Ne jamais pleurer devant une personne qui se sent déjà supérieur.
Vous n'allez pas pleurer quand même ? 
Pourquoi suis-je revenue ?
Je crois que c'est parce qu'elle me connait déjà et que je n'aurais pas besoin de ré-expliquer mon histoire.
La porte s'ouvre. Elle est là, menue et tout en angle. Les mêmes lunettes. La même odeur, le même son sur la moquette quand elle se déplace, le même regard désapprobateur.
Vous avez encore grossi non ? Non, j'ai même maigri depuis cinq ans.
Il faut dire que vous avez de la marge.
Elle me dit de me déshabiller entièrement.Je déteste ça. Je déteste ça ..Mais elle ne me laisse pas le choix.
Croyez bien que ça ne me réjouit pas! Ce n'est pas pour mon bon plaisir ! Je m'en passerais bien ..
Le rouge.. Mon ventre.. La peur..
Et soudain, la douleur. Elle me fait mal, je lui dis, elle proteste.Vous ne pouvez pas avoir mal et puis vous êtes  trop tendue aussi ! Elle insiste, force, tire. Je panique, me mets à pleurer. Je lui demande d'arrêter.
C'est de votre faute aussi ! Avec tout ce gras ! C'est normal d'avoir mal ! Avec vous j'ai l'impression d'être un véto !
Une douleur moins vive que celle infligée par ces mots me fait mettre ma main sur mon sexe. Je saigne..

Je ne sais pas ce qu'il s'est passé ensuite. Je veux dire que je me suis retrouvée sans savoir comment dans la salle d'attente, habillée à la hâte, le gout de mes larmes sur les lèvres.
Comme hébétée. Comme bête. Comme une bête chez le véto ?
Le rouge.. Mon ventre.. La peur..

Je suis rentrée chez moi, hantée par la moi d'avant le rendez-vous .
J'aurais dû m'écouter. Je le savais, je la sentais capable de me faire du mal. Pendant des années, j'ai eu peur de retourner voir une  gynécologue. J'ai eu peur qu'elle ait laissé le DIU en moi et qu'il se déplace, m’abîme.
Je vous en prie, écoutez vous.
Ne retournez pas voir les personnes qui vous ont fait souffrir.
Même si parfois, vous manquez d'estime de vous, cela ne donne pas le droit à quiconque de ne pas vous respecter. Ecoutez-vous.
N'oubliez-pas qu'il existe des soignants, humains et doux, des vrais. Mon médecin m'a permis de rencontrer un sage-femme compétent et bienveillant. Ils ne savent sans doute pas à quel point ils sont précieux au monde, mais moi je le sais et je leur suis très reconnaissante.

Sibel.

page 117 du"Traité de gynécologie clinique et opératoire" (1890) de Samuel Pozzi


Commentaires

  1. Mais quelle horreur ! Je ne sais même pas quoi dire à part qu'il n'y a rien qui va chez elle. Depuis quand il faut être maigre pour avoir des enfants, c'est quoi le rapport ? Et ne parlons même pas de la suite... Il y a vraiment des médecins qui sont tout sauf des soignants, comment tu veux qu'on reste en confiance après ? Je suis contente que tu aies fini par trouver quelqu'un de plus humain

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  2. Oui, j'ai beaucoup de chance aujourd'hui,mais je me sens encore inquiète quand je rencontre un nouveau genre de médecin...Cela prends du temps de faire confiance !

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  3. c'est son boulot de te dire que t'es trop grosse donc perd ton poid et ferme ta gueule ,c'est pas de la violence c'est de la médcine

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    1. Et la violence de vos propos, on en parle ?
      Comment osez-vous vous adresser ainsi à quelqu'un ?

      Le métier de ce "médecin" c'est de soigner, d'écouter, d'accompagner, non de juger ni de violenter. Car oui c'est bien de violence qu'il s'agit là, doublement même car au delà de la violence physique de l'examen, il y a la violence psychologique, la persécution.

      Oui, cette personne est grosse, oui le médecin à le droit d'aborder le sujet avec lea patient.e, mais il a aussi le devoir de le faire avec délicatesse, respect et bienveillance.

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